Un accident du travail peut tout faire basculer en quelques secondes. Chute sur un chantier, blessure à une machine, malaise lié à la pression, accident de trajet — les situations sont multiples et souvent mal comprises. Entre déclaration à l'employeur, certificat médical, prise en charge CPAM, indemnisation et contestation possible, le parcours est long. Ce guide détaille chaque étape pour un salarié en France, avec les délais, les droits et les recours disponibles en 2026.
Qu'est-ce qu'un accident du travail exactement
La définition légale
L'article L. 411-1 du Code de la sécurité sociale définit un accident du travail comme un événement soudain, survenu à un salarié par le fait ou à l'occasion de son travail, et ayant causé une lésion corporelle ou psychique. Trois critères cumulatifs :
- Soudaineté : un fait précis, daté, pas une usure progressive (qui relève de la maladie professionnelle)
- Lien avec le travail : pendant l'exercice des fonctions ou à l'occasion du travail
- Lésion : physique ou psychique
Les cas reconnus
- Chute sur le lieu de travail (bureau, atelier, chantier)
- Blessure causée par une machine, un outil, un véhicule professionnel
- Agression verbale ou physique d'un collègue ou d'un client
- Choc psychologique lié à un événement traumatique au travail
- Accident de mission (déplacement professionnel)
- Accident de trajet domicile-travail ou travail-restaurant habituel (statut spécifique mais mécanismes similaires)
Les cas exclus
- Événement survenu hors lieu et hors temps de travail sans lien direct
- Maladie chronique ou usure progressive (relève de la maladie professionnelle)
- Accident de trajet dévié pour motif personnel (sauf exceptions, ex. déposer un enfant à l'école)
La procédure étape par étape
Étape 1 — Informer l'employeur sous 24 h
Le salarié doit informer son employeur dans un délai de 24 heures suivant l'accident (ou le lendemain si survient un dimanche ou jour férié), par tout moyen permettant d'en apporter la preuve : remise en main propre contre décharge, lettre recommandée avec AR, email avec accusé de réception.
Cette déclaration doit contenir : date, heure, lieu précis, circonstances, nom des témoins éventuels, nature des lésions apparentes.
Étape 2 — Consulter un médecin et obtenir un certificat médical initial
Le médecin établit un certificat médical initial (CMI) qui décrit les lésions constatées et fixe une durée prévisible d'arrêt de travail. Ce document est juridiquement essentiel : il fait le lien entre l'accident déclaré et les dommages subis.
Tu reçois 4 volets :
- 1 pour la CPAM (à envoyer sous 24 h)
- 1 pour l'employeur
- 1 à conserver
- 1 volet employeur à remettre à l'entreprise
Étape 3 — L'employeur fait la déclaration à la CPAM sous 48 h
L'employeur dispose de 48 heures ouvrables pour déclarer l'accident à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) via un imprimé Cerfa S6200. Si l'employeur refuse ou tarde, le salarié peut déclarer lui-même dans un délai de 2 ans.
Pendant cette déclaration, l'employeur peut émettre des réserves s'il conteste le caractère professionnel de l'accident. Ces réserves déclencheront une enquête de la CPAM.
Étape 4 — Instruction par la CPAM : 30 jours (ou 90 avec réserves)
La CPAM a 30 jours pour statuer sur le caractère professionnel de l'accident. Si des réserves sont émises ou si des investigations supplémentaires sont nécessaires, un délai supplémentaire de 70 jours peut être accordé (total 100 jours).
Pendant ce délai, tu es considéré comme victime d'accident du travail à titre provisionnel. Les premiers remboursements et indemnités journalières commencent.
Étape 5 — Prise en charge et indemnisation
Si la reconnaissance est actée, tu bénéficies de :
- Soins médicaux à 100 % sans avance de frais (carte d'assurance maladie + formulaire AT)
- Indemnités journalières (IJ) sans délai de carence, dès le lendemain de l'arrêt
- Protection contre le licenciement pendant l'arrêt sauf faute grave ou impossibilité de maintien
Les indemnités journalières, en détail
| Période | Taux IJ | Base de calcul |
|---|---|---|
| Jours 1 à 28 | 60 % du salaire journalier de base | Salaire du mois précédent ÷ 30,42 |
| À partir du jour 29 | 80 % du salaire journalier de base | Salaire du mois précédent ÷ 30,42 |
Le salaire de base est plafonné à la Sécurité sociale (environ 3 864 €/mois en 2026). Au-delà, les IJ sont calculées sur le plafond.
Exemple : salarié à 2 400 € brut/mois, arrêt de 60 jours
- Salaire journalier de base : 2 400 ÷ 30,42 = 78,90 €
- IJ jours 1 à 28 : 78,90 × 60 % = 47,34 €/jour → 1 325 €
- IJ jours 29 à 60 : 78,90 × 80 % = 63,12 €/jour → 2 019 €
- Total IJ CPAM : 3 344 €
À cela peut s'ajouter un complément de salaire par l'employeur selon la convention collective, souvent à 90 % ou 100 % pendant une période déterminée.

La rente d'incapacité permanente (IPP)
Si l'accident laisse des séquelles définitives, tu passes devant un médecin-conseil de la CPAM qui évalue un taux d'incapacité permanente partielle (IPP).
Le taux d'IPP détermine le type d'indemnisation
| Taux IPP | Indemnisation | Modalités |
|---|---|---|
| < 10 % | Capital forfaitaire unique | Versé en 1 fois |
| ≥ 10 % | Rente viagère | Versée à vie, trimestrielle ou mensuelle |
Barème indicatif (valeurs 2026)
| Taux IPP | Capital 2026 (environ) |
|---|---|
| 1 % | 500 € |
| 5 % | 3 000 € |
| 9 % | 6 500 € |
Pour une rente (taux ≥ 10 %), le calcul combine le salaire annuel et le taux réduit (prise en compte à moitié sous 50 % d'IPP).
Exemple : salaire 30 000 €/an, taux IPP 20 %
- Taux utile : 20 % / 2 = 10 %
- Rente annuelle : 30 000 × 10 % = 3 000 €/an, soit 250 €/mois à vie
La faute inexcusable de l'employeur
Si l'accident résulte d'un manquement de l'employeur à son obligation de sécurité (formation non dispensée, machine non conforme, alerte ignorée), tu peux engager une procédure pour faute inexcusable. L'indemnisation est alors très significativement majorée :
- Majoration de la rente IPP (jusqu'au taux maximum)
- Indemnisation des préjudices personnels (souffrances endurées, préjudice esthétique, d'agrément, sexuel)
- Réparation intégrale des préjudices non couverts par la Sécu
Délai : 2 ans après la consolidation pour engager l'action. Procédure devant le pôle social du tribunal judiciaire.
C'est à ce stade que l'accompagnement par un avocat spécialisé devient décisif. L'employeur et son assureur sont représentés par des juristes expérimentés ; le salarié sans conseil est en position de faiblesse nette.
Recours en cas de refus de reconnaissance
La CPAM refuse de reconnaître ton accident comme professionnel ? Tu as des recours :
1. Commission de Recours Amiable (CRA)
Première étape obligatoire. Délai : 2 mois à compter de la notification de refus. Saisine par courrier recommandé avec AR à la CPAM. La CRA a 2 mois pour statuer — en cas de silence, le refus est considéré comme implicite.
2. Tribunal judiciaire, pôle social
Si la CRA maintient le refus, tu peux saisir le pôle social du tribunal judiciaire dans un délai de 2 mois après la décision de la CRA. Procédure gratuite, assistance d'avocat facultative mais vivement recommandée.
3. Cour d'appel
Si le tribunal judiciaire rejette, appel possible dans 1 mois après le jugement.
Quand consulter un avocat spécialisé
Les situations où l'avocat change le dossier
- Réserves de l'employeur sur le caractère professionnel de l'accident
- Refus de reconnaissance par la CPAM
- Taux d'IPP contesté (médecin-conseil CPAM trop bas)
- Procédure pour faute inexcusable (majoration majeure)
- Complexité médicale (séquelles multiples, causalité disputée)
- Licenciement pendant l'arrêt (sauf faute grave)
- Accident de la vie personnelle requalifié en accident de trajet
L'accompagnement local : un cas concret à Bordeaux
Pour les salariés du bassin girondin ou de la Nouvelle-Aquitaine, consulter un avocat spécialisé en accident du travail à Bordeaux permet une proximité géographique précieuse : les auditions avec le médecin-conseil, les audiences au tribunal judiciaire de Bordeaux et les rendez-vous en cabinet nécessitent des déplacements. Un avocat bordelais connaît aussi les juridictions locales, les usages des magistrats du pôle social, et le tissu des médecins-conseils de la CPAM Gironde.
Les frais d'avocat : ce à quoi s'attendre
- Consultation initiale : souvent gratuite ou 100-150 € selon le cabinet
- Honoraires : forfait 1 500-4 000 € pour un dossier de reconnaissance, plus dans le cas de faute inexcusable
- Aide juridictionnelle : possible selon revenus (plafond ~1 100 €/mois pour aide totale en 2026)
- Protection juridique : souvent incluse dans l'assurance habitation ou auto — à vérifier avant de régler directement
Les délais clés à retenir
| Action | Délai |
|---|---|
| Informer l'employeur | 24 heures |
| Déclaration employeur à CPAM | 48 heures ouvrables |
| Instruction CPAM (standard) | 30 jours |
| Instruction CPAM (avec réserves) | + 70 jours (100 j max) |
| Recours à la CRA | 2 mois après notification |
| Saisine tribunal judiciaire | 2 mois après CRA |
| Action pour faute inexcusable | 2 ans après consolidation |
| Consolidation / IPP | Variable selon lésions |
Foire aux questions
Puis-je refuser la visite médicale du médecin-conseil CPAM ?
Non. Le refus entraîne la suspension des indemnités journalières. En revanche, tu peux demander à être accompagné ou à avoir un second avis médical. Le médecin traitant peut envoyer un courrier au médecin-conseil pour contextualiser.
Mon employeur peut-il me licencier pendant mon arrêt ?
Pendant un arrêt pour accident du travail, le licenciement est très restreint : seule la faute grave (sans lien avec l'accident) ou l'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident sont recevables. Tout autre licenciement peut être requalifié en licenciement nul, avec réintégration et indemnités majorées.
Et si mon accident survient en télétravail ?
Depuis 2023, les accidents survenus pendant les heures de télétravail (sur le lieu déclaré) sont reconnus comme accidents du travail. Les circonstances doivent être précises et documentées. La présomption d'imputabilité est alors partagée entre salarié et employeur.
Le temps de trajet jusqu'à un client compte-t-il ?
Oui. Les déplacements professionnels (visite client, salon, formation, réunion extérieure) sont couverts comme le temps de travail. Un accident pendant ce trajet est un accident du travail, pas un accident de trajet.
Que faire si l'employeur refuse de déclarer l'accident ?
Tu peux déclarer toi-même à la CPAM dans un délai de 2 ans à compter de l'accident, via un courrier détaillé avec certificat médical initial et preuves du refus employeur. C'est souvent le signe d'un dossier où un avocat devient utile.